Le Suzuki Endurance Racing Team nous a prêté sa GSX-R 1000 championne du monde 2011, avant qu’elle ne rejoigne le musée. Une pure pistarde, à mille lieues de la moto de route facile et accessible.
L'essai de la Suzuki GSX-R 1000 du SERT. © Lionel BeylotTous ceux qui ont roulé avec une GSX-R le savent. C’est une moto facile d’accès qui pardonne beaucoup. Aller chercher son pain, faire de longues étapes autoroutières, mettre du gaz sur petites routes ou se défouler sur circuit, elle sait tout faire.
En montant sur la moto du SERT, les références changent radicalement ! Une assise haute, une position basculée sur l’avant, des repose-pieds hauts et courts, sur une GSX-R d’endurance, il n’y a plus de compromis. En s’asseyant sur la moto, on retrouve tout de même le tableau de bord d’origine (modifié par l’équipe) qui rappelle la moto de série.
Au niveau des commandes, le commodo gauche abrite le coupe-circuit, les cartographies disponibles (3 modes) et un démarreur électrique. À droite, on retrouve les commandes des phares, le limiteur de régime dans les stands (bouton bleu) et le réglage de la garde du levier de frein.
Pour le rendre moins vulnérable en cas de chute, le bocal de liquide de frein a migré au centre du té de fourche. Pour cet essai destiné aux journalistes, la boîte de vitesses n’était plus inversée mais standard et l’équipe a monté des pneus mixtes. Histoire que les gommes restent en température malgré un rythme beaucoup plus lent que les pilotes officiels.
Essayée sur le Pole Mécanique d’Alès, la GSX-R 1000 du SERT est une moto difficile à rouler lorsqu’on ne se trouve pas dans la bonne fenêtre de performance. À peine sorti des stands, il faut se battre avec une moto qui semble lourde et peine à tourner. Il ne suffit pas de regarder la sortie du virage pour que la moto s’y précipite.
Sans un minimum de vitesse et d’élan, la moto donne l’impression de tirer tout droit, ce qui incite à rendre la main, ce qui fait encore empirer les choses. Il faut donc se forcer à rentrer avec plus de vitesse en entrée de courbe. Ce qui n’est pas facile vu le système de freinage démoniaque monté sur la moto. Si l’attaque au levier n’est pas immédiate (une Ducati 1198 de route est plus violente) la puissance de ralentissement est impressionnante ! Du coup, on a tendance à trop ralentir en prenant les repères que l’on a avec des motos de route.
L’autre difficulté que l’on rencontre, c’est que la moto ne tolère pas l’approximation. Lorsqu’on décompose correctement chaque phase de pilotage tout se passe bien. Sauf qu’avec une moto de course comme celle-ci, les premiers tours sont un peu hésitants.
Vitesse d’entrée trop faible, remise de gaz avant la corde, filet de gaz conservé trop longtemps etc. Et la moto n’a pas vraiment apprécié. Au fil des tours, on finit par arriver à rouler tant bien que mal et à sauver les meubles. Mais on sent bien qu’il faut être infiniment plus rapide pour réussir à entrevoir le vrai potentiel de cette moto.
Finalement la seule chose que l’on arrive à faire, c’est à mettre à fond dans la (courte) ligne droite du circuit cévenol. Mais on se trouve confronté à un autre problème. Lorsqu’on sort des courbes trop lentement, on se trouve alors pile au niveau de la crête du couple du moteur, ce qui fait cabrer la moto à l’accélération. Mis à part cela, le 4-cylindres en ligne se montre brillant.
Le moteur a du couple, et repart déjà sacrément fort dès les mi-régimes. Et avec très peu d’inertie, il se rue vers la zone rouge où l’on profite d’une belle allonge. Enfin, il se montre plutôt linéaire (tout est relatif !) et rond dans son fonctionnement. Ce doit être un avantage sur des courses longues comme les 24 Heures du Mans ou le Bol d’Or. Au niveau des chiffres, l’équipe annonce un peu moins de 200 chevaux au vilebrequin dans une configuration 24 heures.
VerdictMoto de course sans compromis, la GSX-R 1000 du SERT est une machine dure et fatigante lorsqu’on est incapable de la mener à un rythme suffisant. Sans vitesse d’entrée et sans mise en contrainte, la moto est rétive et ne répond pas de manière naturelle. On la subit plus qu’on ne la pilote vraiment. En se forçant un peu on arrive à rouler plus proprement, mais sans réussir à entrevoir le potentiel de la moto. À titre d’exemple, les pneus mixtes chauffés à 80° dans les couvertures, perdaient 30° en moins de 10 tours ! En faisant une comparaison directe, la Suzuki du SERT pardonne moins les « faux rythmes » que les Superbike que nous avons essayées à l’automne dernier. Ce qui est certain en tout cas, c’est qu’au terme de cet essai, on a encore plus de respect pour les pilotes qui parviennent à exploiter ces motos au maximum pendant des courses de 24 heures.
Nous adressons également un grand merci à Dominique Méliand et au SERT pour leur gentillesse, leur disponibilité et pour nous avoir permis de rouler sur leur superbe GSX-R 1000.
[ Julien Amado - Motorevue - 23/01/2012 ]